dimanche 13 janvier 2013

Le passage du flambeau


Suite au tragique évènement survenu peu avant  la rentrée académique, beaucoup se sont interrogés sur la personne qui allait bien pouvoir reprendre le cours d’Histoire du Droit et des Institutions. Finalement, c’est Frédéric Lalière qui fut chargé de reprendre ce cours enseigné depuis de nombreuses années en première année du bachelier par Régine Beauthier. Mais qui est donc Frédéric Lalière ? Nous savons d’ores et déjà qu’il est licencié en Droit, avec une grande distinction, ainsi qu’en Histoire, avec la plus grande distinction, et qu’il enseignait dès lors le cours des successions et libéralités en première Master, en tant qu'assistant. Les Novelles vous proposent de faire plus ample connaissance avec ce nouveau professeur :

-         Parlez-nous un peu de votre parcours académique:
On va dire que j'ai eu un parcours assez spécial : j'ai d'abord entamé des études de droit à l'ULG, avant de me rendre compte que j'étais plutôt passionné par l'Histoire, c'est pourquoi j'ai entrepris de faire une licence en Histoire. J'ai ensuite enseigné cette matière dans l'enseignement secondaire et j'ai réalisé que ce qui m'attirait en Histoire, c'était le cours d'Histoire Institutionnelle, les cours juridiques. C'est alors que vers 24-25 ans, j'ai repris ma licence en Droit, et je me suis finalement inscrit au barreau vers l'âge de 30 ans. Cela fait 8 ans que je donne cours en tant qu'assistant à l'ULB et cette année j'enseigne en tant que professeur en première baccalauréat.

           Pourquoi avoir choisi d’enseigner à l'ULB ?
Je n'ai pas d'a priori, à vrai dire. J'ai commencé à l'Université Libre de Liège, et j'ai rejoint celle de Bruxelles pour la simple et bonne raison que ma copine de l'époque y étudiait. Entré dans la vie active, on m'a donné la possibilité d'enseigner en tant qu'assistant à l'Université Catholique de Louvain ou Libre de Bruxelles. J'ai accepté la proposition faite par l'ULB qui est moins inféodée : il ne s'agit pas de suivre obligatoirement l'optique du professeur, on nous laisse une plus grande liberté d'appréciation, une entière liberté d'opinion.
Que pensez-vous du folklore estudiantin, avez-vous fait votre baptême ?
J'ai fait mon baptême en droit à l'ULG, et j'ai également été comitard de baptême. J'ai beaucoup donné dans ce domaine mais cette période est bien révolue. Je pense cependant qu'il est important d'allier les 2 ; étude et guindaille, afin d'apprendre à vivre, à se gérer et être responsable : la liberté implique la responsabilité. C'est fondamental, car dans la vie active, c'est un rythme tellement quotidien, que nous n'avons plus la possibilité de faire tout cela. De plus, les cercles, qu'ils soient folkloriques ou non, nous permettent de prendre la parole, de participer à des débats, de se forger le caractère, et enfin de s'ouvrir au monde et à une première approche de la vie professionnelle.

-         Aviez-vous l'ambition de devenir un jour professeur d’université ?
Mon métier d'avocat était un rêve réalisé. J'adore le barreau, c'est un métier remarquable. Cependant, cela reste de la pratique et j'ai besoin de faire mes preuves tant en pratique qu'en théorie.  Pour moi, les 2 se nourrissent et il m'est important de garder un pied à l'ULB. C'est un gage que je me suis donné que de garder mes connaissances à un très bon niveau.
Avant toute chose, l'ambition que j'ai est de terminer ma thèse de doctorat. Je trouve que c'est un beau challenge que d'aboutir à créer un raisonnement juridique sur un thème particulier.

- Vous avez donc dû remplacer Mme Régine Beauthier au pied levé lors de la rentrée. Aviez-vous proposé vos services à la Faculté ou est-ce la Faculté qui est venue vous demander les vôtres ?
En réalité, je possède 2 formations, raison pour laquelle, lorsque Régine est très gravement tombée malade, la doyenne m'a contacté et m'a fait cette proposition. J'ai directement accepté, car c'est un fait que j'apprécie énormément cette matière.

Y étiez-vous préparé?
Non, je n'y ai pas été préparé car j'ai appris sa maladie fort tard, vers la fin du mois d'août. Cependant, j'ai enseigné le cours d'HDI durant ma première année d'assistanat (J'ai d'ailleurs eu comme élève Mme Caroline Simon, désormais assistante). Je n'ai enseigné cette matière que durant un an, car en 2005, il y avait une place vacante en droit des successions et libéralités en première Master (Au service de M. Van Gysel).
Cependant, c'est une matière que je maîtrise assez bien de par mes études et je trouve également ce cours bien structuré ainsi que plaisant à enseigner. Cette formation est fondamentale pour un juriste, c'est important de pouvoir restituer la règle de droit dans son contexte d'élaboration.

Pensiez-vous un jour avoir à enseigner devant un auditoire tel que le Janson ?
Je savais qu'à terme, comme je faisais mon doctorat, j'avais des chances de devenir professeur. Je m'étais donc préparé au Janson, mais pas si rapidement.

Comment vous sentiez-vous lors de votre premier cours ?
Ce cours était stressant (dire le contraire serait un mensonge) car je savais pertinemment que j'étais soumis au feu de la critique et que j'étais attendu au tournant, mais j'étais sûr de moi, le stress était limité, je ne suis pas tombé dans un état de tétanisation. Cela s'est donc bien déroulé.

Maintenant que nous sommes à plus de 2 mois de cours, avez-vous déjà fait un petit bilan?
Après 2 mois, le cours est sur les rails. Cela me prend toujours beaucoup de temps de préparation, étant donné que le cours que j'enseigne n'est pas le mien. Autrement, en ce qui concerne l'enseignement de la matière, j'ai l'impression que les choses se déroulent très bien. Je suis depuis quelque temps assistant en Master, et les étudiants à ce stade possèdent déjà beaucoup de réflexes juridiques, ce qui n'est pas le cas en baccalauréat. Cela nous oblige à nous replonger dans les fondamentaux, c'est une remise en question pour le professeur, et je trouve cela très intéressant.

Comptez-vous continuer à enseigner ce cours l’année prochaine ? Et dans l’affirmative, comptez-vous changer quelque peu la matière ?
Cela ne dépend pas de moi, car en réalité, je suis chargé de cours suppléant. Pour les années à venir, tout dépendra du Conseil Facultaire. Si cela ne tenait qu'à moi, je reprendrais ce cours volontiers.
Dans l'hypothèse où je reprendrais officiellement le cours d'HDI, je ne verrais pas la matière de la même manière que Régine Beauthier. Je trouve que son cours est extrêmement complet sur un plan didactique et pédagogique, mais très fort centré sur la France. C'est un choix intelligent dans la mesure où nous dépendons des choix de l'Histoire de France, mais j'envisagerais une vision plus globale, dans la mesure où les institutions du droit ne sont pas les mêmes partout. D'autre part, j'aimerais aussi peut-être insister plus sur les rapports de droit privé. Dans ce sens, les deux orientations majeures seront pour moi : élargir le cours à d'autres évolutions et accroître l'étude du droit privé par rapport au droit institutionnel.
En ce qui concerne le mariage, son choix sur l'évolution du concept du mariage est lié à son doctorat. La démarche est intéressant car elle insistait sur le droit privé, et si je suis amené à reprendre le cours, je trouve être un bel exemple que de partir d'une institution privée, cependant je n'envisagerai pas de me centrer uniquement sur le mariage, mais d'établir un parallèle entre plusieurs évolutions.

Quelques mots pour terminer, à propos du personnage qu’était Mme Beauthier?
Ce décès est tragique, cette femme était pleine de qualités, passionnée et très appréciée. C'est certain, à l'heure qu'il est, je ne devrais pas être là. Enfin, j'insiste fort sur ce passage de flambeau, car pour moi, cette double métaphore est très importante. Elle illustre fort bien la reprise du témoin et la lumière du flambeau qui éclaire les ténèbres. En effet, les professeurs d'université sont là pour éclairer les ténèbres de l'ignorance.

 Par Manon Vertenoeil 









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