Suite au
tragique évènement survenu peu avant la
rentrée académique, beaucoup se sont interrogés sur la personne qui allait bien
pouvoir reprendre le cours d’Histoire du Droit et des Institutions. Finalement,
c’est Frédéric Lalière qui fut chargé de reprendre ce cours enseigné depuis de
nombreuses années en première année du bachelier par Régine Beauthier. Mais qui
est donc Frédéric Lalière ? Nous savons d’ores et déjà qu’il est licencié
en Droit, avec une grande distinction, ainsi qu’en Histoire, avec la plus
grande distinction, et qu’il enseignait dès lors le cours des successions et
libéralités en première Master, en tant qu'assistant. Les Novelles vous
proposent de faire plus ample connaissance avec ce nouveau professeur :
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Parlez-nous un
peu de votre parcours académique:
On va dire que j'ai eu
un parcours assez spécial : j'ai d'abord entamé des études de droit à
l'ULG, avant de me rendre compte que j'étais plutôt passionné par l'Histoire, c'est
pourquoi j'ai entrepris de faire une licence en Histoire. J'ai ensuite enseigné
cette matière dans l'enseignement secondaire et j'ai réalisé que ce qui
m'attirait en Histoire, c'était le cours d'Histoire Institutionnelle, les cours
juridiques. C'est alors que vers 24-25 ans, j'ai repris ma licence en Droit, et
je me suis finalement inscrit au barreau vers l'âge de 30 ans. Cela fait 8 ans
que je donne cours en tant qu'assistant à l'ULB et cette année j'enseigne en
tant que professeur en première baccalauréat.
Pourquoi avoir choisi d’enseigner
à l'ULB ?
Je n'ai pas d'a priori,
à vrai dire. J'ai commencé à l'Université Libre de Liège, et j'ai rejoint celle
de Bruxelles pour la simple et bonne raison que ma copine de l'époque y
étudiait. Entré dans la vie active, on m'a donné la possibilité d'enseigner en
tant qu'assistant à l'Université Catholique de Louvain ou Libre de Bruxelles.
J'ai accepté la proposition faite par l'ULB qui est moins inféodée : il ne
s'agit pas de suivre obligatoirement l'optique du professeur, on nous laisse
une plus grande liberté d'appréciation, une entière liberté d'opinion.
Que pensez-vous du folklore estudiantin, avez-vous
fait votre baptême ?
J'ai fait mon baptême
en droit à l'ULG, et j'ai également été comitard de baptême. J'ai beaucoup
donné dans ce domaine mais cette période est bien révolue. Je pense cependant
qu'il est important d'allier les 2 ; étude et guindaille, afin d'apprendre
à vivre, à se gérer et être responsable : la liberté implique la responsabilité.
C'est fondamental, car dans la vie active, c'est un rythme tellement quotidien,
que nous n'avons plus la possibilité de faire tout cela. De plus, les cercles,
qu'ils soient folkloriques ou non, nous permettent de prendre la parole, de
participer à des débats, de se forger le caractère, et enfin de s'ouvrir au
monde et à une première approche de la vie professionnelle.
-
Aviez-vous
l'ambition de devenir un jour professeur d’université ?
Mon métier d'avocat
était un rêve réalisé. J'adore le barreau, c'est un métier remarquable.
Cependant, cela reste de la pratique et j'ai besoin de faire mes preuves tant
en pratique qu'en théorie. Pour moi, les 2 se nourrissent et il m'est
important de garder un pied à l'ULB. C'est un gage que je me suis donné que de
garder mes connaissances à un très bon niveau.
Avant toute chose,
l'ambition que j'ai est de terminer ma thèse de doctorat. Je trouve que c'est
un beau challenge que d'aboutir à créer un raisonnement juridique sur un thème
particulier.
- Vous avez donc dû remplacer Mme Régine Beauthier au
pied levé lors de la rentrée. Aviez-vous proposé vos services à la Faculté ou
est-ce la Faculté qui est venue vous demander les vôtres ?
En réalité, je possède 2 formations, raison pour
laquelle, lorsque Régine est très gravement tombée malade, la doyenne m'a
contacté et m'a fait cette proposition. J'ai directement accepté, car c'est un
fait que j'apprécie énormément cette matière.
Y étiez-vous préparé?
Non, je n'y ai pas été
préparé car j'ai appris sa maladie fort tard, vers la fin du mois d'août.
Cependant, j'ai enseigné le cours d'HDI durant ma première année d'assistanat
(J'ai d'ailleurs eu comme élève Mme Caroline Simon, désormais assistante). Je
n'ai enseigné cette matière que durant un an, car en 2005, il y avait une place
vacante en droit des successions et libéralités en première Master (Au service
de M. Van Gysel).
Cependant, c'est une
matière que je maîtrise assez bien de par mes études et je trouve également ce
cours bien structuré ainsi que plaisant à enseigner. Cette formation est
fondamentale pour un juriste, c'est important de pouvoir restituer la règle de
droit dans son contexte d'élaboration.
Pensiez-vous un jour avoir à enseigner devant un
auditoire tel que le Janson ?
Je savais qu'à terme,
comme je faisais mon doctorat, j'avais des chances de devenir professeur. Je
m'étais donc préparé au Janson, mais pas si rapidement.
Comment vous sentiez-vous lors de votre premier
cours ?
Ce cours était
stressant (dire le contraire serait un mensonge) car je savais pertinemment que
j'étais soumis au feu de la critique et que j'étais attendu au tournant, mais
j'étais sûr de moi, le stress était limité, je ne suis pas tombé dans un état
de tétanisation. Cela s'est donc bien déroulé.
Maintenant que nous sommes à plus de 2 mois de cours,
avez-vous déjà fait un petit bilan?
Après 2 mois, le cours
est sur les rails. Cela me prend toujours beaucoup de temps de préparation,
étant donné que le cours que j'enseigne n'est pas le mien. Autrement, en ce qui
concerne l'enseignement de la matière, j'ai l'impression que les choses se
déroulent très bien. Je suis depuis quelque temps assistant en Master, et les
étudiants à ce stade possèdent déjà beaucoup de réflexes juridiques, ce qui
n'est pas le cas en baccalauréat. Cela nous oblige à nous replonger dans les
fondamentaux, c'est une remise en question pour le professeur, et je trouve
cela très intéressant.
Comptez-vous continuer à enseigner ce cours l’année
prochaine ? Et dans l’affirmative, comptez-vous changer quelque peu la
matière ?
Cela ne dépend pas de
moi, car en réalité, je suis chargé de cours suppléant. Pour les années à venir,
tout dépendra du Conseil Facultaire. Si cela ne tenait qu'à moi, je reprendrais
ce cours volontiers.
Dans l'hypothèse où je
reprendrais officiellement le cours d'HDI, je ne verrais pas la matière de la
même manière que Régine Beauthier. Je trouve que son cours est extrêmement
complet sur un plan didactique et pédagogique, mais très fort centré sur la
France. C'est un choix intelligent dans la mesure où nous dépendons des choix
de l'Histoire de France, mais j'envisagerais une vision plus globale, dans la
mesure où les institutions du droit ne sont pas les mêmes partout. D'autre
part, j'aimerais aussi peut-être insister plus sur les rapports de droit privé.
Dans ce sens, les deux orientations majeures seront pour moi : élargir le
cours à d'autres évolutions et accroître l'étude du droit privé par rapport au
droit institutionnel.
En ce qui concerne le
mariage, son choix sur l'évolution du concept du mariage est lié à son
doctorat. La démarche est intéressant car elle insistait sur le droit privé, et
si je suis amené à reprendre le cours, je trouve être un
bel exemple que de partir d'une institution privée, cependant je n'envisagerai
pas de me centrer uniquement sur le mariage, mais d'établir un parallèle entre
plusieurs évolutions.
Quelques mots pour terminer, à propos du personnage
qu’était Mme Beauthier?
Ce décès est tragique,
cette femme était pleine de qualités, passionnée et très appréciée. C'est
certain, à l'heure qu'il est, je ne devrais pas être là. Enfin, j'insiste fort
sur ce passage de flambeau, car pour moi, cette double métaphore est très
importante. Elle illustre fort bien la reprise du témoin et la lumière du flambeau
qui éclaire les ténèbres. En effet, les professeurs d'université sont là pour
éclairer les ténèbres de l'ignorance.
Par Manon Vertenoeil
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