dimanche 13 janvier 2013

La république des étudiants (entier)


Les plus vieux d’entre nous s’en souviennent : la recherche de supports de cours pouvait s’avérer un véritable parcours du combattant. Au commencement, il y avait le Forum du BE droit, les sites de facultés ayant des cours commun avec nous, le contact d’anciens étudiants par mail. Ensuite vinrent les initiatives des uns ou des autres de centraliser, autant que possible, les différents supports. Mais en raison des manques de mises à jour, des hébergements capricieux ou encore de la multiplicité des sites à consulter, la tâche de l’étudiant demeurait lourde et ses résultats, incertains. Puis vint Respublicae, qui ouvrit une nouvelle ère. Ses lumières percèrent les ténèbres, et l’accès à des supports de qualité, sans cesse mis à jour dans une solidarité toujours renouvelée, fut enfin réalisé. 
Mais qui se trouve derrière ce projet, et en quoi consiste-t-il précisément ? Une cigarette roulée aux lèvres, l’air décontracté, les deux architectes du projet, étudiants en MA1 et délégués d’année, se livrent aux Novelles. Valentin Jadot est vice-président du BE depuis l’année dernière, en charge de la partie délégation facultaire et représentant étudiant auprès de la commission enseignement de l’ULB, et Lucien Rigaux est délégué coopté à la commission culturelle de l’Université

Parasite Noctambule : Avant tout, qu’est-ce que Respublicae, et comment l’idée vous est-elle venue ?
Lucien Rigaux : C’est une plate-forme étudiante qui a 3 missions. Premièrement, responsabiliser et conscientiser l’étudiant, objectif qui était poursuivi, dans un premier temps, grâce à la première version de notre site, un simple fil d’actualités où les délégués laissaient des infos. Deuxièmement, le développement de la solidarité entre étudiants, que l’on promouvait via la mise en place d’une infrastructure de partage de documents. Troisièmement, la centralisation de tous les outils étudiants sur une seule et même plateforme, mission remplie par la version 2.0 de Respublicae et développée encore plus sur la version 3.0, grâce à l’agenda, à un fil de discussion, à des valves centralisées,…

Valentin Jadot : Je pense que l’on a vu qu’il y avait plusieurs problèmes dans l’action des délégués étudiants. D’abord, au niveau de la transparence et de la communication, car il n’y avait pas vraiment d’espace où publier des flux d’actualités pour tout le monde, et beaucoup ne comprenaient pas, ne voyaient pas ce qu’ils faisaient. Ensuite, au niveau de leur activité, en première année, ils attendaient que quelqu’un se plaigne avant d’agir, on a réalisé qu’il y avait matière à développer une proactivité plus forte.
Lucien et moi, on était intéressés par la chose publique, les débats publics, etc. et donc on a essayé de combiner ces 2 objectifs : proactivité et communication. On est arrivés en disant qu’on allait faire un site web pour pouvoir communiquer, pouvoir montrer que les délégués remplissent une mission importante, leur permettre d’avoir les outils pour assurer au mieux leurs missions. Au sujet de ces outils, on a développé à l’époque, sur cette première version du site, la « class action », qui existe toujours aujourd’hui d’ailleurs. C’est juste un jeu de mots, c’est fort différent du mécanisme présent notamment aux Etats-Unis, et ça consiste à disposer d’un système où les étudiants, en cas de grande question qui traverse l’auditoire, pourraient s’exprimer. C’est un peu entre le sondage et le référendum, et quand on a une décision un peu délicate à prendre, on peut questionner l’auditoire pour être certain d’être en phase avec notre base.

P : Le class action, c’est le système accessible aujourd’hui depuis RP qui a notamment été utilisé au sujet de l’horaire de 2ème session l’année passée ? Que s’est-il passé à ce moment ?
V : Oui, l’année passée, l’organisation de la 2ème session des BA3 était un peu délicate, car 2 des plus gros examens se trouvaient au début de celle-ci. Il fallait un peu réorganiser tout ça. A ce moment, on se demande « mais qui suis-je au final pour me permettre de modifier l’horaire de 2ème session ? » Evidemment, on a un mandat de délégué, mais c’est délicat comme question. La solution à laquelle on aboutit va-t-elle plaire à tout le monde ? Cela ne va-t-il pas engendrer des problèmes que nous n’avons pas perçus ? Certaines personnes ne vont-elles pas être super lésées ? L’horaire de seconde session, c’est typiquement une question excessivement importante pour un étudiant, ça peut le foutre complètement dans la merde. Dans ce cas, le class action est un très bon outil. Non pas pour trouver un horaire qui plaise à tout le monde, car c’est impossible, mais avoir un truc qui arrange le plus de personnes.
L : En fait le système peut avoir 2 fonctions, sondage ou pétition pour appuyer une demande.

P : Je me souviens que le truc vous avait occupé pas mal de temps au mois de juillet pour faire aboutir le class action, et quand les changements ont été opérés, vous avez été très critiqués, notamment quant au caractère représentatif d’un tel système. Certains avançaient que la décision finale n’émanait que d’une minorité d’étudiants qui avaient connaissance du système, et que si tous les étudiants avaient pu voter, le résultat aurait été bien différent.
V : Des gens ont critiqué, oui. Je pense déjà qu’au niveau de la communication, il faut savoir que si on n’avait rien fait, on nous aurait encore plus critiqués. Là, au moins, on s’est assuré que la majorité des étudiants étaient pour la solution dégagée. Il faut savoir que 97% des étudiants en droit sont inscrits à Respublicae, que lorsqu’on publie une class action, on envoie un mail à tous les étudiants inscrits de l’auditoire concerné, et qu’on publie des messages sur Facebook, ce qui donne une certaine légitimité. Ce n’est pas un outil mis dans un coin avec 3 ploucs, c’est vraiment toute la fac qui a pu l’utiliser, donc une class action assure une réelle expression de la majorité.

L : Et surtout, on laisse le temps de voter. On fixe un délai minimum de 48h pour voter.

V : Et même plus.

L : Oui, 48h c’est un minimum.

V : A ça, il faut ajouter que le vote final était quand même écrasant en faveur de la solution finalement adoptée.

L : On essaye de trouver un moyen pour que la démocratie s’exprime, on ne peut pas dire que le class action ne soit pas démocratique. Maintenant, si les étudiants ne votent pas, ils ne peuvent pas ensuite se plaindre. Enfin, dans le cas précis de juillet, il y avait vraiment une majorité écrasante des étudiants, donc la question ne se pose pas.

P : Vous parlez de majorité écrasante, de l’inscription de 97% des étudiants sur Respblicae. Faites-nous un peu rêver avec des chiffes : combien d’inscrits, quelle fréquentation tous les jours, sur l’année ? Le mois au cours duquel les visites sont les plus nombreuses, les moins nombreuses ?
V : Il y a 1916 étudiants dans la Faculté de droit, sans compter les masters complémentaires et les chercheurs, etc., et il y a 1860 inscrits sur Respublicae, ce qui représente, comme on l’a déjà dit, 97 pourcents des étudiants. Ces chiffres sont pris au premier juillet 2012, après 6-7 mois d’activité. Le nombre total de visites sur la période s’étalant du 1er décembre au 1er juillet est de 89621 (une visite=un étudiant qui se connecte au site). En période haute, c’est-à-dire dans la période qui s’étale du 10 mai au 10 juin, Respublicae reçoit en moyenne 700 visiteurs uniques par jours, c’est-à-dire 37% des inscrits. En période basse, par exemple du 10 mars au 10 avril, 300 visiteurs uniques par jour. Evidemment, en période de vacances, ça devient parfois anecdotique, style 10 visites par jour.

P : Combien de gens travaillent sur RP ? Combien de temps cela prend-il ?
L : Val et moi sommes gestionnaires du projet, mais depuis que nous avons fusionné avec Studagora, Gaëtan Lefèvre s’est joint à nous en tant que gestionnaire. Puis on a une équipe de développeurs du site web, Olivier Kaisin et Benjamin Van Melle. Au début, les codeurs bossaient beaucoup, car le site n’existait pas encore et tout restait à créer, et nous un peu moins, car on ne devait pas encore effectuer de gestion, de recherche de sponsoring. Puis la tendance s’est peu à peu inversée, on a bossé de plus en plus, eux ont eu un peu de répit, mais maintenant, ils bossent à nouveau énormément sur la nouvelle mise à jour. Concrètement, parfois on fait que ça de la journée, certains jours on ne bosse qu’une heure, mais c’est rare qu’un jour passe sans que nous ne communiquions au sujet de RP.

V : je dirais que c’est un quart temps en fait. Parfois on fait 4-5 jours full time non-stop, parfois c’est 4-5 jours sans en parler, même si c’est très rare.

P : Concilier l’aventure RP avec les études, c’est facile ?
L : Parfois c’est compliqué. Mais on est obligé de concilier, donc on le fait.

V : Parfois, on va pas aux cours à cause de ça. Comme tout projet étudiant, c’est tout un investissement. Il y a moyen de le concilier avec les études, car le temps qu’on passe dessus, c’est du temps en moins passé à rien foutre sur Facebook. Par exemple, je ne regarde plus jamais de film ou de série, parce que chaque soir je dois faire des trucs. Mais en même temps c’est un choix, on le vit plutôt bien. Evidemment, parfois on pète un plomb.

L : Ouais ! Parfois on se dit qu’on a besoin de vacances, d’une pause. Mais même quand on prend des vacances, on doit se consulter pour décider des dates et il arrive que je lui dise « non non, tu ne pars pas à telle date ! »
V : Exactement. On est obligé de calquer nos vacances là-dessus, c’est pas facile tout le temps.
P : Quel est votre idéal au sujet de RP, comment verriez-vous le projet aboutir ?
L : Là, dans l’immédiat, ce qu’on va faire maintenant, c’est un site pour toute l’Unif. Mais concernant l’élaboration du site, on n’a jamais eu de réel but à atteindre, on a plus procédé étape par étape, l’une après l’autre. La première étape, c’était la Faculté de Droit, maintenant c’est le site pour toute l’Unif, et plus tard, pourquoi pas encore plus loin ? Mais là, on brûle pas les étapes, on fait step by step, avec les moyens du bord.

V : On a pris le temps de développer, avec plusieurs mises à jour, un RP pour la fac très correct. Maintenant, évidemment, il y a encore des cours à mettre à jour avec la réforme, etc. Comme on a beaucoup bossé sur la 3.0, on n’a pas encore eu le temps de mettre à jour à fond la 2.0 [Ndlr : le site est maintenant à jour], mais on a essayé de bosser step by step, pour essayer d’avoir un truc très stable, fonctionnel, sur la Fac de Droit, mais maintenant on bosse pour avoir un truc très stable, fonctionnel, sur toute l’ULB. Evidemment, le problème, c’est qu’on a dû tout reprendre depuis le début, depuis la base, repenser tout un site. Ça prend un temps de dingue, mais comme l’a dit Lucien, on avance, et si on arrive à avoir un site utilisé par 25000 étudiants, qui marche bien, grâce auquel on rend vraiment service à ces étudiants, si on parvient à être la plateforme de l’ULB, et qu’on contribue à la collaboration entre étudiants, notamment par la collaboration entre les différentes associations, on aura vraiment déjà bien rempli les buts de l’ASBL, à savoir pousser la coopération, la responsabilisation. Mais faut pas péter de câble non plus, parce que plus on avance, plus ça prend du temps, donc à un certain moment, peut-être que certains choix ne seront plus possibles, mais pour le moment, si on arrive déjà à sortir un truc qui marche très bien, et je pense que ce sera le cas, on est très bien parti.

L : Il est clair que l’équipe va bientôt devoir s’élargir.

V : C’est certain.

P : Et vous avez vocation à continuer ça après vos études ?
L : Pourquoi pas. C’est pas à pas. Peut-être que d’ici la fin de nos études, une nouvelle plateforme aura tout mangé, peut-être même que ce sera Facebook ou Google, mais peut-être que non, et on pourra alors continuer. Là, pour le moment, on n’a pas envie que ça s’arrête, on a envie de continuer, maintenant et après nos études. Mais il faut voir comment la situation évolue.

V : Une chose est sûre : quand tu passes 2 ans à développer un truc, tu vas pas tout planter un an après, je crois qu’on a vraiment envie que ce soit un truc qui perdure. C’est pour ça qu’on se bouge à refaire un site depuis la base, applicable à toute l’ULB, car le site qui va sortir est différent de celui de la Fac de Droit. Il est conçu pour durer parce qu’on a envie que ce soit un truc qui perdure, et on n’a pas envie de terminer nos études et de tout laisser tomber. Mais on a aussi envie qu’il puisse vivre de lui-même, sans nous, et s’il faut nous remplacer ou agrandir l’équipe, il faut qu’il puisse continuer.
Si on quitte un jour le bateau et qu’on devient conseiller extérieur pendant que d’autres font la gestion quotidienne, pourquoi pas, mais on verra comment évolue le truc, on verra si on continuera à se fixer des objectifs plus larges. Mais en tous cas, une chose est sûre, on a envie que le site tienne, et on est vraiment prêts à tout faire pour sa pérennité. On a d’ailleurs déjà concrétisé ça en plusieurs points.
Premièrement, on a fondé une ASBL, ce n’est plus juste nous deux, c’est une structure juridique qui est en charge de la chose, et donc on peut éventuellement remplacer les membres du conseil d’administration, comme un BE ou un BEA qui survit au fil des générations. Et deuxièmement, on assure cette pérennité par la licence libre, qui fait partie de la philosophie du projet, mais qui n’est pas encore d’actualité pour le moment.

P : Tantôt, vous parliez de Facebook, dont on entend parfois que vous partez à sa conquête. Qu’avez-vous envie de dire à votre concurrent Mark Zuckerberg ?
L : C’est qui ce péquenaud ? Non, plus sérieusement, il a prévu un truc student sur Facebook. Le problème de ce projet, c’est que ça ne comprend pas le travail que nous on fait, c’est-à-dire un travail de terrain, on doit côtoyer les BE, les associations, et on fait un site sur mesure, sur la Faculté, sur l’Unif, et Facebook pourrait faire ce qu’il veut, ça n’aurait pas le succès de notre plateforme dans la mesure où celui-ci est issu de négociations avec les représentants de l’ULB, des facs, des BE, etc., et on est proches de la demande, on sait assez vite ce qu’eux veulent, et donc on est plus flexibles de ce point de vue-là.

V : Par exemple, Gehol. RP 3.0 va intégrer Gehol, good luck à Facebook pour le faire. Facebook, à la base, c’était dédié aux unifs, au fonctionnement des unifs, puis Facebook s’est élargi, généralisé, ça lui a créé un succès mondial qu’on lui connaît, mais Facebook a perdu en ça une partie de sa puissance : le fait que c’était pour les étudiants, et que c’était super bien fait pour les étudiants. Et ils reviennent un peu en arrière en lançant Facebook School. Finalement, ils ont oublié un peu leur origine, faire quelque chose pour les étudiants, pour l’organisation des cours. Actuellement, on ne concurrence pas Facebook.

L : On n’est pas sur le même terrain. Facebook est plus sur le terrain du divertissement, nous plus sur celui de l’étude. Je pense que si Facebook décide d’aller sur le terrain de l’étude, de la vie professionnelle, etc., il va s’y perdre, car l’étudiant va avant tout sur Facebook pour partager ses photos, ses statuts, mais l’optique est différente de celle de RP, de Linkedn, ou encore de Twitter. C’est différent.

V : Encore un bel exemple à part Gehol : classer les documents par type de cours, par type de discussion, donner des étiquettes à chaque document (résumé, powerpoint, conférence…), des trucs spécifiques aux demandes des étudiants. Nous on est proches de la demande, on est nous-mêmes étudiants et délégués, on voit quels sont les trucs spécifiques que Facebook n’offre pas. Par exemple, le mur Facebook, bien sûr c’est très utilisé, mais le problème, c’est que c’est le bordel. Si tu veux retrouver une question, c’est le bordel. Maintenant, ils ont un mis un petit moteur de recherche pour chaque page, mais ça fonctionne mieux si tu te souviens du truc. Mais ça reste un bordel sans nom. Tu peux pas classer par cours, par type de question. Nous, on reprend les points forts de Facebook, on s’inspire beaucoup de Facebook, qui est à la pointe, mais on l’adapte pour les étudiants de l’ULB.

P : String ou petite culotte ?
(A l’unisson) L & V : SHORTY !!

P: Comment est financé RP?
L : Au début, on s’est financés grâce au BE, à ELSA et au BEA, en leur proposant un contrat-location d’une partie de RP pour y faire leur site. Mais maintenant, notre optique à terme est de ne plus faire payer les associations de l’ULB car on considère que celles-ci doivent être libres et ont leur place, de droit, sur RP. Dans cet esprit, on a fait une importante remise de dette cette année, par rapport à cette location.  Par ailleurs, les subsides publics et le sponsoring nous permettront de nous financer.
Toutefois, on a une charte graphique concernant RP, qui empêchera que le site ressemble à un sapin de Noël de sponsors, à droite à gauche, en pop-up etc., ainsi qu’une charte éthique dans le choix des sponsors. Enfin, la philosophie du web libre qu’adopte RP, qui est intégrée dans nos conditions d’utilisation et nos contrats de sponsoring, entraîne que jamais nous ne permettrions qu’une quelconque information communiquée par les étudiants soit vendue.

P : Comment contrôlez-vous le respect des droits intellectuels par les étudiants qui uploadent des contenus potentiellement protégés ?
L : On a quitté la génération Skyblog, dans laquelle n’importe qui pouvait commenter n’importe quelle photo de manière anonyme, pour entrer dans la génération Facebook, dans laquelle tu écris toujours ce que tu veux, mais sous ton nom, ce qui te responsabilise davantage. Préventivement, ça empêche déjà les gens de couiller, de mettre des images illégales ou trop borderline. Vis-à-vis de notre responsabilité, on est hébergeur, et on fait signer une charte avant chaque inscription qui dit que chaque utilisateur qui met un contenu en est responsable. Donc nous ne sommes pas responsables, mais si on voit un contenu clairement illégal, comme une image pédopornographique, on le retirera immédiatement, et si le caractère illégal est discutable, on enverra un mail au type qui l’a uploadé, pour comprendre les raisons de son upload.

V : Tout à fait. On a eu une discussion avec la Doyenne Andrée Puttemans, qui nous demandait ce qui serait fait si quelqu’un publie sur Respublicae un contenu en violation du droit d’auteur détenu, par exemple, par un éditeur. Cette hypothèse est plus vraisemblable que celle des images pédopornographiques, et dans la version 3.0, il est prévu que l’utilisateur s’engage à avoir les droits sur ce qu’il uploade, et qu’il accepte que les fichiers problématiques soient retirés en cas de réclamation du tenant des droits, professeur, auteur, éditeur... Comme ces uploads ne sont pas anonymes, les utilisateurs sont responsabilisés et savent qu’ils s’exposent, le cas échéant, à de graves problèmes.

L : Il y a un truc à savoir, c’est que les profs, pour le moment, peuvent s’inscrire sur Respublicae sans problème, mais sur la 3.0, grâce au NetID, ce ne sera plus le cas. A terme, la plateforme accueillera les professeurs, mais avec un accès limité, circonscrit.

P : Pouvez-vous parler plus en détail du NetID ?
V : Le NetID, c’est ce avec quoi tu te connectes notamment à MonULB, et l’Université a mis en place un système permettant aux projets étudiants de récupérer certaines fonctionnalités du NetID. Evidemment, on n’a pas accès à toutes les infos des étudiants, mais en gros, lorsque les étudiants voudront aller sur RP, ils s’identifieront auprès de l’ULB, et l’ULB nous dira « ok, c’est bon, il est identifié, il est bien étudiant de l’ULB, il peut accéder à RP ».

P : Comment gérez-vous les relations avec d’autres sites faits par des étudiants, pour les étudiants, comme le site d’enregistrements Unikowski.net ? Vous les absorbez, collaborez, fusionnez ?
L : Pour prendre l’exemple de Jonathan Unikowski, on a discuté avec lui de son site dont on pourrait dire qu’il divise un peu la centralisation recherchée par RP. Mais clairement, il n’essaye pas de créer de plate-forme concurrente de RP, et son site comble un manque actuel de RP, à savoir l’impossibilité technique d’y uploader des fichiers audio. Heureusement que son site existe pour servir de système transitoire en attendant la sortie de la 3.0.

V : Par ailleurs, par rapport aux enregistrements audio, la question des enregistrements a créé des tensions. La question a été abordée devant la commission de l’enseignement de la faculté et devant le conseil facultaire, en même temps que celle des droits d’auteur en général. Pour y voir plus clair, on a consulté de très grands juristes, en l’occurrence nos professeurs, et ils ont approuvé notre système, à savoir une charte et des conditions d’utilisation que les utilisateurs doivent s’engager à respecter, qui entraînent une responsabilisation de l’étudiant. A chaque fois qu’un étudiant uploadera un enregistrement audio, il s’engagera, comme pour un document Word, à disposer des droits sur le contenu partagé, en l’occurrence en ayant reçu l’autorisation du professeur enregistré. Cette question ne devrait plus poser de problème.

L : En 2 mots, dans RP 3.0, on quitte le système menu classique d’une page web. Pourquoi ? Car beaucoup d’utilisateurs nous disent qu’à leurs yeux, tel système ou telle partie du site ne leur servent à rien, là où d’autres utilisateurs nous en disent le plus grand bien. Donc on est parti sur une autre philosophie, où on part d’un market d’applications, dans lequel tu peux choisir lesquelles mettre sur ton écran d’accueil, comme dans un smartphone.

V : On abandonne le menu traditionnel du vieux web. En plus, on va augmenter le nombre de services, puisqu’on veut centraliser de nouveaux types de documents, comme les podcasts, il y a aura beaucoup plus d’associations, donc on veut permettre à chaque utilisateur de personnaliser son Respublicae, un truc plus en phase avec l’époque, plus ergonomique, à la place d’un menu hyper long hyper lourd.

L : On nous a souvent demandé pourquoi RP 3.0 avait autant de retard. Au-delà des problèmes techniques, on a aussi le fait qu’il y avait une autre plate-forme, Studagora, qui se développait au niveau de l’Unif, à la tête de laquelle se trouve Gaëtan, qu’on a rencontré au BEA, et avec qui a discuté pour savoir dans quelle mesure on pouvait fusionner nos 2 projets, et donc depuis 2 semaines, on a fusionné avec Studagora, et Gaëtan rejoint le CA de Respublicae.

V : Solvay et Droit allient leurs forces pour créer la plateforme web ultime pour l’ULB.

P : Avez-vous senti des réticences de la part d’autres facultés de l’ULB ?
L : Comme au sujet de Studagora, en fait. On avait discuté de RP avec Archi et d’autres facultés, mais en arrivant à Solvay, par exemple, le mec nous a complètement envoyés péter en disant qu’ils avaient déjà Studagora.

V : Et le mec de Studagora était allé voir la Fac de Droit et des gens l’ont aussi envoyé complètement péter. Il y avait donc 2 projets, et donc une division des obédiences des différentes facultés, qui prêchaient pour un projet plutôt que l’autre, car ils connaissaient les gens à leur tête, par exemple, ou parce qu’ils n’avaient eu accès à la présentation que d’un des projets, avaient été convaincus, et ne voyaient pas la nécessité d’une autre plateforme. Ça créait donc des problèmes entre Studagora et nous, alors qu’au final, notre but était le même : une plateforme pour toute l’ULB, et on avait intérêt à s’associer, vu que nos défauts et qualités étaient compatibles avec celles de Studagora, et que ses forces ont pu combler nos faiblesses et vice-versa. On a donc passé beaucoup de temps autour d’une table, en négociations, et au final, après avoir pris le temps nécessaire à assurer une bonne fusion, pour être d’accord sur tous ses points, sur la philosophie, sur le site, etc., nous aurons finalement, pour toute l’ULB, un site unique, Respublicae, fort des nombreux éléments apportés par Gaëtan et son site Studagora. On en sort beaucoup plus fort, ç’aurait été con d’avoir 2 équipes ayant  pour but la centralisation mais incapables de fusionner leur projet.
Maintenant, pour la sortie de la 3.0, on a le soutien d’Alain Delchambre, qui est président du CA, Martin Casier, qui en est le Vice-Président, et Arnaud Tinlot, président de l’Union des Anciens Etudiants, d’à peu près tous les doyens de toutes les facultés, et de tous les BE. Il n’y a plus qu’à attendre le site. C’est notamment grâce à la collaboration avec Studagora, parce que nous, on avait blindé axé notre action sur le développement du nouveau site, on avait développé le site internet, on avait l’accord du Président et du Vice-Président, mais Gaëtan était allé démarcher tous les BE, les doyens, et l’association de nos forces nous a notamment apporté ça. Et maintenant, le RP post-fusion fédère tous les accords sur l’ULB, on peut le dire.

P : Il paraît que les mails de déclaration d’amour, les courriers enflammés, pullulent depuis que vous êtes devenus des people de la Fac. Quel est le profil type de la fan parfaite, et que lui faut-il pour vous plaire ?
L : Ecoute, si tu pouvais trouver toutes ces gonzesses et leur donner nos bonnes informations de contact pour qu’elles puissent nous communiquer tous ces mails dont tu parles, ce serait excellent.
V : On adore ce qu’on fait, on l’a dit, ça nous prend beaucoup de temps, parfois on est frustré, mais c’est vrai que pour beaucoup de gens qui s’investissent, et c’est normal, et c’est comme ça pour tous les projets du monde, on reçoit au final surtout des feedbacks négatifs. On a pas mal de commentaires positifs aussi, mais bon, en général les gens s’expriment plus lorsqu’il y a un problème, auront plus tendance à envoyer un mail pour dire qu’ils ont rencontré un problème que pour nous dire que c’est génial, fabuleux, bravo. Mais toutes ces critiques nous permettent d’avancer.

L : Et pour remédier à ce problème, au fait qu’on n’avait pas assez de mails de gonzesses, etc., ce qu’on va faire, c’est qu’on va commencer à se rémunérer, parce que l’argent ça attire, et qu’on va acheter une jeep, 2 gonzesses à l’arrière, en bikinis, parce que les autres gonzesses, quand elles voient ça, sur fond de la musique qui va super fort, et nous en mode rappeur au volant, ça va les attirer. Et puis pour qu’on sache que c’est nous à la tête de Respublicae, il y aura, sur l’écran d’accueil, nos 2 photos.

V : En ENORME.

L : Avec un grand sourire méga bright.

V : Et des places gratuites de ciné si tu cliques sur l’une de nos 2 photos. En tous cas, blague à part, tu parles de fans. Moi je voudrais faire un appel aux gens qui nous soutiennent : On a une ASBL qui grandit, on a besoin de gens pour nous aider, parfois pour faire des trucs basiques, comme dans toute association, comme clasher des affiches, parfois des trucs plus importants, comme commenter la direction à prendre, nous aider à gérer les contacts avec les associations, ou toutes autres propositions d’aide.
L : De filles

V : Oui, on ne prend que des filles !!

P : Vous parliez de thunes. Il y a une rumeur qui revient souvent selon laquelle, grâce à RP, vous vous faites des ultra couilles en diamant, et que vous gagnez plein plein de thunes…
L : Mais on te l’a dit !! Le but, c’est la jeep avec les filles derrière !

P : … Et que c’est scandaleux que vous fassiez appel à des bénévoles, comme vous l’avez fait en début d’année et dans cet article, car vous vous feriez de la thune sur leur dos.
L : C’est trop drôle. On n’a pas fait un cent de bénéf, on n’a fait que s’endetter.

V : A part pour la jeep, on s’est quand même fait ce petit plaisir. Bon… Tristement, je dois apparemment préciser que c’est une blague, évidemment. Moi je peux te dire que le seul argent que j’ai retiré de RP, c’est 2 recharges de téléphone de 25 euros et une pizza quand on a sorti la version 2.0, pour fêter ça avec l’équipe. Les gens qui disent ça n’ont qu’à aller voir l’état du droit par rapport aux ASBL, s’ils se posent la question. On rémunère nos codeurs parce qu’eux ne sont pas dans l’ASBL et bossent, donc on doit les rémunérer, car ils doivent, concrètement, développer tout le site.  Et franchement, ça me tue qu’on dise ça, parce que s’il y a bien une frustration avec RP, c’est que même si c’est un truc incroyable et que j’adore le projet, même ma mère, qui est très à gauche, me dit « oui mais bon, tu passes tes vacances à ça, donc tu ne fais même pas de job étudiant, quand est-ce que RP te rémunérera ?? », donc s’il y a bien une frustration, que je partage avec Lucien, c’est qu’on fait un quart temps gratuit, que tout est du bénévolat, et qu’il faut arrêter les théories du complot selon lesquelles on fait les Crésus.
Une fois, une fille m’a demandé « C’est vrai que Lucien et toi vous faites 500 euros par mois sur RP ? ». Faut réfléchir, si on doit payer les codeurs, qu’on a un seul sponsor pour le moment sur le site, qu’on a demandé il y a plus d’un an aux assocs près de 3000 euros, tout est vite parti. Il faut voir combien ça coûte de faire une ASBL, de payer les codeurs pour faire le site. Que ces gens fassent une demande de devis à une boîte qui fait des sites web, pour voir un peu, on va leur dire 10000 boules pour un bête site. Nous on taffe avec nos petits moyens.

L : Cela dit, si les gens veulent nous donner du cash, pas de souci.

V : Exactement, s’il y a des personnes qui veulent faire des dons pour les personnes à la base de RP, c’est avec grand plaisir. Mais il faut arrêter ce mythe. Faut pas croire tout ce qu’on dit, c’est clairement une théorie du complot.

L : A part pour la jeep.

P : C’est quoi le cours qui vous a le plus dégoûté ?
V : Droit de la famille. Non pas le cours de ACVG en lui-même, mais la branche du droit, parce que c’est un droit nécessaire au bon fonctionnement de la société, mais qui est tellement cru dans des trucs émotionnellement forts, et certains arrêts m’ont profondément dégoûté. Notamment une affaire de filiation, dans laquelle le père était revenu une fois bourré à la maison, quand ses gosses étaient là. Il n’y a pas eu de problème, il n’a tapé personne, il était juste bourré. Je pense qu’on a tous déjà vu ses parents bourrés, et moi-même, j’imagine qu’un jour, je serai  bourré en leur compagnie, mais dans cette affaire, juste pour cet uniquement élément, ils ont retiré la garde du père, à vie. Dans un premier temps, je me disais que j’avais raté un truc et j’ai relu l’exposé des faits, mais non, c’était juste pour ça. J’étais hyper choqué. Je respecte ceux qui font ça, mais je ne pourrais pas le faire, comme pour attaquer une mère de famille pour lui faire perdre la garde de son enfant uniquement parce que je défends le père. J’aime le côté plaidoirie du droit, le côté un peu manipulateur, l’argumentation, essayer de convaincre le juge, ça fait partie du jeu, mais quand ça rentre trop dans la sphère de la famille, ça me dégoûte.

L : Droit du patrimoine. Quand j’étudiais et que j’ai vu au chapitre ASBL que je pourrais jamais me faire de la thune avec. Ça m’a dégoûté… Dégoûté, gars… Dégoûté…

P : Auriez-vous une anecdote à nous faire partager sur le déroulement, l’invention, la vie du projet outre la question posée par cette fille ?
V : Un jour, un gars m’a dit, alors que je cherchais un document, « Ha, je sais pas si tu connais RP, mais tu pourras y trouver le document que tu cherches ».

L : Je n’ai plus internet depuis janvier, je conçois un site sans avoir internet chez moi.

V : Pour la sortie de RP 3.0, on a tourné un clip avec un danseur, de la musique, etc., au sein de l’ULB. On s’est donc dit qu’on voulait tourner une scène où notre danseur dansait sur le toit de l’ULB. Et notamment, près de la tour industrielle en briques près du bâtiment D. On est monté sur le bord de la tour, et pendant que l’équipe filmait avec Lucien en bas, moi j’étais avec le danseur en haut. Apparemment, on nous a repérés depuis plusieurs endroits de l’ULB, et on a su par après que tous les téléphones de l’ULB ont alors commencé à sonner.

L : Moi, j’étais en bas, et tout d’un coup, 7 gars de la sécurité, bien basés et tout, se pointent. Et là, comme un con, pour prévenir ceux qui sont en haut sans que les mecs de la sécurité ne les repèrent, je commence à danser et chanter super fort « Non non, rien n’a changé », en chantant bien fort « NON NON », mais en le camouflant dans la chanson, pour dire à ceux en haut « cassez-vous ». Les gardes arrivent et me voient danser comme un con, et me jettent déjà des regards perplexes, comme si j’étais le dernier des imbéciles. Ils nous demandent, au caméraman et à moi-même si on est de l’ULB, ils enchaînent en nous demandant si on a notre carte d’identité, là le caméraman leur donne mais je dis que je ne l’ai pas. Ils nous disent alors qu’ils vont devoir appeler les flics, et l’un d’entre eux prend son talkie-walkie et dit qu’il prévient la police. Puis moi je leur dis « bon, je m’en vais », puis je pars. Ils me disent « Qu’est-ce que tu fous, mec ? » Je fais « ouaais, sorry si j’y vais, mais vous n’avez aucune puissance publique ni aucune autorité pour me faire rester ici, donc je me casse parce que je n’ai pas envie d’avoir des emmerdes ». Là, il a commencé à gueuler, et en voyant que le caméraman pouvait absolument pas me suivre avec sa big caméra sur l'épaule, et se faisait complètement allumer, j'suis revenu en disant «ouaaais, excusez-moi, j’ai été un peu pris par le moment ».

V : Ce qui se passe, c’est que moi, j’étais sur le toit, quand j’avais entendu Lucien gueuler, j’ai commencé à piger qu’il y avait un stress, et donc je dis au danseur de se planquer. On était donc couché sur le toit, et puis j’entends que ça commence à gueuler super fort en bas, puis après quelque temps, quelqu’un dit « ok c’est bon, descendez les gars ». Quand j’atteins le sol, il y a un garde sécu furieux qui se dirige vers moi, et qui commence à me gueuler dessus, me dit de lui donner ma carte d’identité, tout en continuant à gueuler malgré mes appels au calme. Rien n’y fait, je me demande ce que Lucien a encore foutu… Finalement, ça a un peu continué, puis ils nous ont sermonnés et on les a suivis.

L : Ah oui, parce que là, ils nous emmènent dans leur QG, avec la caméra et tout le monde, et le chef sort de son truc, et nous dit, tout gentiment « bon les gars, écoutez, je vous donne ça, là il y a le mail du responsable de la sécurité, vous lui envoyez un mail pour vous excuser et dire que vous ne ferez plus jamais ça ».

V : Ceci dit, il faut dire que c’est vrai qu’on a pris des risques et que c’était pas malin…

L : Tu dis ça parce qu’il y a l’enregistrement hein !

V : Non mais c’est vrai, c’est pas hyper malin. On voulait tourner une scène sur le toit, on y a été. On a envoyé ce mail d’excuse, et il faut quand même dire, je trouve ça important, que ces gardes étaient hyper sympas, super cool, nous ont emmenés, un peu sermonnés, nous ont dit qu’il fallait qu’on se rende compte qu’ils étaient là pour nous, pour notre sécurité, enfin voilà.

Http://www.respublicae.be, un site pour les étudiants, par des étudiants. Retrouvez l’intégralité de l’interview dans la version informatique des Novelles, disponible sur la page Facebook du journal.

Par Parasite Noctambule

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